Dimensions 33 x 62 cm
Profondeur 60 cm
Poids 55 kg
La sculpture Di Virtuo et Diverto traite de la dichotomie entre la création humaine
et le divertissement erratique à travers deux visages : l'un à
l'agonie, l'autre en diffuse anesthésie.
Elle oppose le rapport actif et passif quotidien de nos capacités cognitives, sensorielles, intellectuelles et créatives.
Cette sculpture représente deux univers bien distincts qui se confrontent à travers deux visages :
celui de Di Virtuo situé sur la partie haute au sommet du crâne et celui de Diverto situé sur la partie basse.
Voici les symboles codés de Diverto,
la partie basse de la sculpture
Du latin " divertere, diverto " et signifiant "divertir", ce visage représente
l'ahurissement d'un esprit humain hagard, noyé sous le divertissement.
Un faciès grossier et flasque, des arcades lourdes, une expression végétative et un regard relié à un smartphone scindé en
deux parties, l'écran translucide détaché de sa base d'usine. Des picots en verre noircis environnent l'outil et plusieurs câbles
traversent la sculpture, étouffant la gorge située à l'arrière.
Sur ce front allongé, d'authentiques planches de télécommandes sont incrustées, les boutons ressortant à la surface de la peau
comme autant de pustules craquelant la chair.
Les minces fils dorés connectant le visage à la source virtuelle forment une trinité géométrique fine pour rigidifier le
propos suivant : cette dynamique envahissante et disgracieuse n'a de ridicule que l'infime et subtil lien de domination qui la meut.
" Ne plus tenir qu'à un fil ", " fil d'Ariane "... plusieurs allégories du funambule étrange que nous sommes devenus, errant d'un point à un autre de notre
conscience, sourd au monde extérieur, isolé dans un monde digitalisé.
La disposition triangulaire partant du bouton central circulaire est une référence directe à l'assolement triennal, une technique
agricole issue du Moyen-Âge, pour souligner la notion de culture de l'esprit.
La colorimétrie est sombre et froide et sa texture est brillante et graveleuse afin de lui
rendre un aspect collant, gluant, goudronné.
Pour le visage : un léger aspect patiné vert-de-gris afin de lui donner une dimension temporelle antérieure, une impression d'observer le vestige de notre propre époque, projetée dans un futur lointain
Voici les symboles codés de Di Virtuo,
la partie haute de la sculpture
Di Virtuo est inspiré du latin virtuosus signifiant vertueux.
C'est une entité souffrant du silence de son hôte, bâillonnée dans son expression la plus sincère et brute
; la trachée meurtrie par les câbles de Diverto.
Diverses notions la composent, chacune exprimant à mon sens parmi les plus belles illustrations du génie créatif de notre espèce :
La musique est symbolisée par deux partitions aux noms évocateurs, " All creatures
now " de John Bennet et " The venetian boatman's evening song " de Jean-Sébastien Bach. L'image mélancolique et berçante d'une montée des eaux
vénitiennes sur les fondations humaines d'un côté, le titre complet de " All creatures now are merry-minded " de l'autre. Les paroles de ce morceau, destiné originellement à la
Reine Elisabeth Ier, s'adressent à une dénommée Oriana. Dérivé de aurum en latin, signifiant " or ", une référence est ainsi faite à l'esthétique
principale de cette partie haute de la sculpture. Ces partitions sont originaires de Covent Garden à Londres, d'une petite boutique d'antiquaire croisée à mes 20 ans.
Les arts graphiques sont évoqués avec un chevalet, un de mes pinceaux personnels, un chiffon tâché de pigments
acryliques et une pince à dessin.
Les sciences, comprenant l'astrophysique avec un morceau de cartographie lunaire, la biologie avec une page consacrée à
l'embryologie et un brin d'A.D.N reconstruit avec de la colle liquide.
La littérature, l'écriture et la philosophie avec un penseur de Rodin, la première page de l'Homme Révolté de Camus,
une fiole contenant de l'encre et un encrier rempli d'encre de chine dans lequel repose une plume affûtée pour écrire. La bougie bien entamée évoque les longues nuits songeuses.
L'observation de la Nature est célébrée dans un bouquet de divers minéraux, mousses et feuilles, de coquillages ou écorces d'arbres. Une référence particulière est donnée au Japon que j'affectionne pour plusieurs raisons, dont la propension naturelle à la contemplation et à ressentir les détails de la vie organique qui entoure l'être humain : une feuille de Ginkgo et une pierre volcanique du Mont Fuji rapportés de mes voyages y sont incrustées.
Trois clés ont ensuite leur importance :
Tout d'abord, le sablier hébergeant une sphère dorée que j'ai sculpté sur laquelle j'ai incrusté
la Pangaea, le super continent dénommé Pangée, formé il y a environ 240 millions d'années et le liquide transparent situé en dessous.
Ceci est un rappel d'humilité dans la prolifération de notre espèce et son inscription sur l'échelle du Vivant ; l'élément Eau étant le berceau encore trop
sous-estimé et considéré pour acquis de notre écosystème, pourtant prochain Graal des générations futures. Des huiles essentielles ont été ajoutées avec des pigments iridescents pour
ajouter à la surface une texture nacrée.
La notion du Temps, terreau de notre angoisse existentielle, figure au sommet de la sculpture comme une clef de voûte : à la fois support principal de la structure
mais aussi chef d'orchestre de sa dynamique. Sur la face externe j'ai inscrit " Vulnerant Omnes Ultima Necat " signifiant en latin " Toutes blessent, la
dernière tue ".
La quête éternelle de Vérité et de Réponses de l'animal que nous sommes, elle, est exprimée plus discrètement. Sur la face interne du socle, j'ai inscrit en
écriture spéculaire une phrase extraite du Mythe de Sisyphe d'Albert Camus :
« Ce cœur en moi, je puis l’éprouver et je juge qu’il existe.
Ce monde, je puis le toucher et je juge encore qu’il existe.
Là s’arrête toute ma science, le reste est construction. »
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